Le Rendez-vous 35 : Le Mouvement Paralympique : un nouveau regard pour de nouveaux enjeux

Benjamin Carlier, Mathieu Ficot, Charles Bal

Le Mouvement Paralympique : un nouveau regard pour de nouveaux enjeux

Jeudi 19 janvier 2017 à 8h30

Les Jeux Paralympiques de Rio ont été un succès, notamment en France avec le plus grand dispositif jamais mis en place pour la retransmission du Sport Paralympique. Ces Jeux ont été l’occasion pour le monde entier de voir de belles images de sports jusqu'ici peu médiatisés.

Le Mouvement Paralympique possède des spécificités d’une complexité que nous sommes trop peu à connaître et à comprendre. Ce RDV du Sport a été l’occasion d’en faire un tour d'horizon et de dresser les nouvelles perspectives qui s’ouvrent aujourd’hui au Sport Paralympique.

Pour aborder ce sujet, nous avons accueilli Emmanuelle Assmann, Présidente du Comité Paralympique et Sportif Français, Alexandre Boulleray, responsable du pôle marque et sponsoring d'EDF, Antoine Hays, ancien entraîneur de l'équipe de France paralympique de judo, les athlètes Paralympiques Michaël Jeremiasz et Nantenin Keïta ainsi que Pascale Locmane, Directrice de la communication interne de Lacoste, en charge du dossier Handicap.

Compte-rendu

Après une vidéo retraçant en images les temps forts des Jeux Paralympiques de Rio, Emmanuelle Assmann a brièvement présenté l’histoire du Mouvement Paralympique, expliquant que les premières épreuves paralympiques ont eu lieu lors des cérémonies d’ouvertures des Jeux Olympiques. C’est à partir des Jeux de Rome en 1960 que les Jeux Paralympiques ont été organisés de manière indépendante puis, sur le même site que les Jeux Olympiques à l’occasion de ceux de Séoul en 1988. Le choix du lieu est depuis décidé d’un commun accord entre le Comité International Paralympique (CIP) et le Comité International Olympique (CIO). Pour comprendre le chemin parcouru par le Mouvement Paralympique, il suffit de quelques chiffres : vingt pays supplémentaires engagés entre les Jeux d’Athènes de 2004 et ceux de Rio alors que la participation aux Jeux Olympiques n’évolue plus depuis plusieurs Olympiades et près de deux cents records battus à Rio ! Le développement du Mouvement Paralympique en termes de médiatisation et de performances s’accentue à chaque Olympiade grâce aux efforts effectués par les sportifs, les entreprises, les associations et les bénévoles.
Signe de cette « grande famille du sport », les deux comités olympique et paralympique français sont mutuellement membres de leurs conseils d’administration. De même, ils sont tous deux membres du comité organisateur pour la candidature de Paris 2024.

Comme Emmanuelle Assmann, les athlètes Michaël Jeremiasz et Nantenin Keïta ont également constaté un engouement croissant au fil de leurs Olympiades. A Athènes en 2004, Michaël Jeremiasz explique que les stades étaient désertés par les spectateurs et qu’aucun relais médiatique n’avait été réalisé en France. A Pékin, en 2008, les stades étaient bien remplis mais par un public peu connaisseur des différentes disciplines paralympiques. C’est à Londres en 2012 que les athlètes ont ressenti un réel changement. C’est en effet la première fois qu’une chaîne, Channel 4, retransmettait en direct l’intégralité des Jeux Paralympiques. Mais c’est à partir de Sotchi en 2014, puis de Rio, que la médiatisation des Jeux Paralympiques a vraiment commencé en France. Selon eux, cette médiatisation a été réalisée de manière très professionnelle, permettant au grand public de comprendre les disciplines et catégories propres aux Jeux Paralympiques.

Au-delà de la médiatisation, Nantenin Keïta a expliqué avoir ressenti une différence dans la manière dont les supporters encourageaient les athlètes paralympiques. Elle-même a eu le sentiment de passer auprès des autres athlètes de l'Equipe de France de « la petite sportive handicapée » à l’athlète capable de réelles performances. Les méthodes d’entraînement ont aussi évolué et on voit aujourd’hui des athlètes valides reproduire les méthodes d’entraînements des athlètes handicapés pour améliorer leurs performances comme en témoigne l’anecdote d’Antoine Hays qui a expliqué que Teddy Riner se bandait parfois les yeux à l’instar des judokas malvoyants pour appréhender autrement son sport. Malgré les différences règlementaires, comme la durée des combats de judo, les athlètes valides et handicapés s’entraînent aujourd’hui ensemble afin de tirer parti des spécificités de chacun.

Mais pour bien comprendre l’évolution que vit aujourd’hui le Mouvement Paralympique, il est aussi important d’entendre le point de vue du secteur privé. Certaines entreprises sont présentes depuis longtemps comme EDF, engagée depuis 25 ans aux côtés du Mouvement Paralympique, et Lacoste. A côté de ses partenaires fidèles, il est encore difficile pour les athlètes de trouver de nouveaux partenaires. L’objectif n’étant pas d’avoir une marque qui dépose juste un logo sur un maillot mais qui s’investisse aussi bien humainement que financièrement pour participer à la médiatisation, à la réussite et à la reconversion de ces athlètes. Alexandre Boulleray a ainsi expliqué que son entreprise achetait des espaces publicitaires notamment dans L’Equipe pour participer à la médiatisation de ces sportifs. Aujourd’hui, EDF investit autant pour le sport olympique que paralympique et le lancement du programme « Un champion dans mon école » témoigne de cette implication : six villes et sept écoles ont reçu cette année des athlètes paralympiques membres du Team EDF pour sensibiliser plus de 1 300 jeunes au handicap.

De son côté, Pascale Locmane a expliqué que « les athlètes paralympiques portent Lacoste comme nous souhaitons les porter ». Ce partage de valeurs permet à l’entreprise et aux athlètes d’avancer ensemble. C’est aussi tout naturellement que Lacoste développe l’accessibilité à tous dans ses boutiques mais aussi le recrutement de personnes avec un handicap pour capitaliser sur ce partenariat et contribuer à l’engouement naissant autour du Mouvement Paralympique.

Pour conclure cette conférence, Michaël Jeremiasz véritable « porte-drapeau » du Mouvement Paralympique, a présenté les initiatives qu’il a mis en place ces dernières années, notamment depuis sa retraite sportive en novembre dernier. Ces initiatives, qu’elles soient associatives ou entrepreneuriales, visent toutes à favoriser l’insertion des personnes handicapées en les aidant à prendre davantage confiance en leurs capacités tout en contribuant à faire évoluer les mentalités en particulier celles des plus jeunes générations.

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