Le Rendez-vous 34 : Sport de demain : les enjeux de l’innovation

Benjamin Carlier, Mathieu Ficot, Charles Bal

Sport de demain : les enjeux de l’innovation

Jeudi 24 novembre 2016 à 8h30

Sport connecté, eSport, applications permettant d’améliorer l’expérience spectateur lors de spectacles sportifs : nous vivons à une époque où le sport ne cesse d’évoluer. Ce 34ème Rendez-vous du Sport a été l’occasion d’évoquer cette évolution du sport, dans sa pratique et dans sa consommation, ainsi que ce vers quoi il pourrait se diriger dans un avenir proche.

Pour discuter de ces sujets, Benjamin Carlier, responsable de l’incubateur sportif Le Tremplin et Charles Bal, Directeur de clientèle et responsable de la Team F5 au sein de Havas Sports & Entertainment ont accepté de partager leur expérience et leur vision sur le sport et son devenir. Les présentations des 3 start-ups du Tremplin, SportEasy par Nizar Melki, L-See par Julia Grasmann et Digifood par Ronald Gautruche nous ont par la suite apporté des éléments concrets sur l’évolution du sport.

Compte-rendu

Pour ouvrir la conférence et entrer immédiatement dans le vif du sujet, Arnaud Butticaz a demandé à nos intervenants ce que représentait pour eux l’innovation. Benjamin Carlier a défint celle-ci comme étant un changement. Il a insisté cependant sur la résistance au changement que peuvent rencontrer ceux qui souhaitent l’initier, dans une société de plus en plus codifiée, où il est difficile de faire bouger les lignes. Cette notion de résistance est importante pour qui ambitionne de créer du changement, que ce soit dans le sport, en entreprise, mais également dans un prisme plus large à l’échelle de notre société.

Charles Bal a porté sur la question le même regard en ajoutant que l’innovation n’était pas « forcément liée à la technologie mais à un changement de mentalité ». En effet, nos intervenants ont défait l’idée reçue selon laquelle l’innovation se base nécessairement sur le progrès technologique. Pour eux, toute innovation naît d’une idée qui vient répondre à un besoin. La technologie et l’outil technologique constituent une résultante de cette idée, qui permet à terme de répondre à ce besoin. Il ne s’agit pas de dénigrer l’importance de la technologie mais d’insister sur le fait qu’elle doit présenter un intérêt pour le consommateur.

Pour Benjamin Carlier, le sport est un secteur propice à l’innovation car il est unanimement partagé, il constitue donc un outil d’expression exceptionnel. De plus, l’aspect compétitif du sport allié à la recherche de performances suscite et accélère le changement. Les acteurs du monde sportif ayant pour vocation de se démarquer de la concurrence, l’innovation dans le sport est nécessaire, comme en témoigne l’évolution massive du sport connecté ou encore l’émergence du eSport dans lequel de grands acteurs du monde du sport (PSG, AS Monaco…) commencent à s’investir.

La Team F5, dirigée par Charles Bal chez Havas Sports & Entertainment, s’inscrit dans cette initiative d’innovation avec la volonté de constamment se renouveler, de « rendre les membres de l'équipe innovants » et donc d’apporter de la valeur à ce qu’elle propose à ses clients. Cet état d’esprit est un atout majeur pour ses clients qui sont intéressés par le fait de toujours pouvoir proposer quelque chose de nouveau.

Cette innovation connaît cependant un frein dans le sport, par son caractère institutionnel. Le système fédéral français, construit autour des fédérations et associations sportives pas toujours professionnalisées, rend parfois difficile le changement. Ces structures n’ont en effet pas toujours le réflexe « business » ou la volonté de se renouveler.

C’est donc là que le Tremplin intervient, en aidant ses start-ups à naviguer à travers les institutions, à intégrer l’écosystème du sport et à faire travailler les différents acteurs du sport business ensemble. Le Tremplin, fort aujourd’hui de deux promotions, compte une quarantaine de start-ups. Chacune, avec ses spécificités, travaille dans le but d’inventer le sport de demain. Elles se voient offrir une passerelle pour converger ensemble vers ce même objectif. Le Tremplin a un rôle d’accompagnateur et fait bénéficier à ses start-ups du « label » Tremplin qui les crédibilise au sein du monde sportif.

Benjamin Carlier a explique qué, pour lui, l’« uberisation » est un phénomène majeur du renouvellement du sport. Aujourd’hui, l’émergence d’applications sportives employant par exemple le coaching, permet une pratique du sport adaptée à chaque individu. Néanmoins, les start-ups, loin de tuer le sport en club, permettent parfois d’améliorer les services proposés par ces clubs et associations sportives en en améliorant la pertinence. Leur objectif est davantage d’optimiser la performance sportive ou de s’axer sur le lien sport-santé. Pour Benjamin Carlier, « le sport est un outil de santé publique qui permettrait de boucher le trou de la Sécurité Sociale ».

Si nos deux intervenants ont des visions différentes, celles-ci sont complémentaires sur ce que sera le sport de demain. Pour Benjamin Carlier, il est axé sur la simplification pour chacun de la pratique sportive afin que les consommateurs de sport prennent davantage de plaisir. Pour Charles Bal, il passe par l’amélioration de l’expérience spectateur lors de spectacles sportifs en surfant notamment sur l’amélioration des infrastructures, toujours plus connectées, qui favorisent l’innovation.

Les trois start-ups présentes à ce RDV ont symbolisé le fait que toute innovation naît d’une idée répondant à un besoin.

Nizar Melki, co-fondateur de SportEasy a présenté son application qui permet de simplifier la gestion d’une équipe sportive, en créant une interface accessible par les joueurs et l’entraîneur. Cette application permet entre autres de planifier des événements sportifs tels que des entraînements ou des matchs, en fonction des disponibilités de chaque membre de l’équipe. Elle enregistre, par exemple, des statistiques pour permettre à chaque joueur de connaître son rendement par match. Elle comporte également une dimension sociale permettant à l’équipe de partager la préparation et le déroulement d’un match.

Julia Grasmann, social media manager au sein de la start-up Lsee, nous a présenté son tracker métabolique, commercialisé courant 2017. Grâce à une application connectée à l’appareil, les informations sur les graisses brulées sont envoyées en temps réel sur le smartphone de l’utilisateur. Cela permet à chacun de comprendre son métabolisme et d’adapter son alimentation ou sa pratique sportive, en fonction de ses spécificités métaboliques. Ce produit offre à l’utilisateur la possibilité de mieux comprendre son corps et de brûler les graisses plus efficacement.

Enfin, Ronald Gautruche, co-fondateur de Digifood, nous a présenté son application qui a été imaginée à partir d’un constat : durant les spectacles sportifs, le spectateur a le choix entre se déplacer à la buvette durant le match et manquer une partie de la rencontre ou bien aller faire la queue durant la mi-temps en s’exposant à une longue attente. L’application Digifood répond à ce problème en permettant de se faire livrer directement à sa place, après avoir commandée au préalable via l’application mobile.

Les différentes expériences partagées lors de ce RDV du Sport nous ont donc montré que l’innovation était bel et bien intrinsèquement liée à une nécessité d’anticiper et d’accepter le changement, chose que Benjamin Carlier a symbolisé à travers une citation de Churchill : « Il faut prendre le changement par la main avant qu’il ne vous prenne à la gorge ».

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