Le Rendez-vous 31 : Stades et arenas dernière génération, nouveaux lieux d'entertainment

Thomas Desarnaud, Roland Louvet, Philippe Ventadour

Stades et arenas dernière génération, nouveaux lieux d'entertainment

Jeudi 28 janvier 2016 à 8h30

Une nouvelle génération de stades et d’arenas, conçus et réalisés comme des pôles multi-activités, voit le jour en France depuis quelques années à l'instar d'autres pays européens. Si ces infrastructures accueillent autant des évènements sportifs que culturels, l’objectif est aussi de placer l’entertainement au cœur de «l’expérience spectateur».

Pour en parler, quatre invités pour ce Rendez-vous du sport : Thomas Desarnaud, Directeur Featuring by H&U (mise en place par Havas Sports & Entertainment et Universal Music), Roland Louvet, Directeur Etudes chez Experstad et conseil en grands projets d'infrastructures, Patrick Sowden, grand reporter à France Football et Philippe Ventadour, en charge de la conception et de l'animation de l'Arena 92.

Compte-rendu

A quelques mois de l’Euro 2016 de Football en France qui a amené la rénovation et la construction de nouveaux stades, la récente réfection de l’Accord Hôtel Arena (ex POPB) et l’arrivée de l’Arena 92 en 2017, où en sont les enceintes sportives françaises ?

Roland Louvet a introduit ce 31ème Rendez-vous du Sport autour d'une autre question : que veut-on faire d’un stade ? La réponse est qu’un stade est avant tout vu en France comme un « emballage ». C’est-à-dire qu’il sert d'abord au spectacle sportif et n’est pas pensé pour l’entertainment.
Le stade précurseur en terme d’entertainment en France est le Stade de France, où le projet est né d’une page blanche et non pas d’un simple « copié-collé » d’une infrastructure déjà existante. Mais celui-ci a été pensé il y a 25 ans déjà, et comme Roland Louvet l'a précisé, un modèle de stade est obsolète au bout d'une trentaine d’années. Le principal problème des stades livrés pour l'Euro est qu’ils n'ont pas été construits comme des « usines » qui se doivent d'être rentables. On s'attache à une vision marketing (créer de la valeur pour le client) au détriment de la vision financière (être rentable). On a donc créé des grands stades pour accueillir beaucoup de spectateurs mais on ne sait pas comment les faire venir. C'est le cas par exemple de l'Allianz Riviera à Nice dont le taux de remplissage est d'environ 50%, soit le même taux qu'avant la rénovation du stade alors même que l'OGC Nice affiche de beaux résultats sportifs.

Les enceintes novatrices, comme le fut le Stade de France, sont très peu nombreuses en France. Le nouveau stade de l’Olympique Lyonnais et l’Arena 92 semblent avoir adopté un modèle économique pertinent. Philippe Ventadour, à la direction de l’exploitation de la future Arena 92, a insisté en premier lieu sur la différence entre un stade et une arena, qui ne permettent pas les mêmes choses. Il a présenté le projet d'Arena 92, unique par sa modularité. En effet, l’Arena 92 proposera plusieurs configurations pouvant accueillir de 10 000 à 40 000 spectateurs, prévues pour un spectacle sportif ou musical. L'objectif est d'avoir au démarrage une occupation de l'arena 50 soirées par an, inclus les matchs du Racing 92. L'Arena 92 a surtout l’ambition d’être un véritable lieu de vie, et non une simple salle. Ces infrastructures ont en réalité pour concurrence les autres offres d’entertainment environnantes telles que les salles de cinéma, par exemple. L’objectif est qu’on fasse le choix d'aller à l’Arena plutôt que d’aller voir un film.

Thomas Desarnaud, qui a travaillé sur le nouveau stade de Lyon et notamment la venue du chanteur et DJ Will.I.Am pour l’inauguration du stade, a poursuivi la réflexion dans le même sens. Les initiateurs du projet lyonnais ont pris la pleine mesure de ce que représente l’entertainment pour la rentabilité d’un stade. A l'inverse, ceux qui ont été en charge de penser les stades de Bordeaux, Nice ou Marseille ne se sont pas posées cette question et se sont contentés de copier les modèles des stades allemands construits pour le Mondial de Football en 2006. Ils ont pris le train en marche, tandis qu’à Lyon et pour l’Arena 92, il y a une réelle innovation et la volonté de penser ces réalisations comme uniques. Selon Roland Louvet, derrière tout projet d'enceinte réussie, « il y a un homme et une vision ».

Par ailleurs, le constat est fait qu'en France, le sport et la musique n'ont pas la même place que dans d'autres pays européens et cette différence culturelle doit être prise en considération. Comme l'a souligné Patrick Sowden, grand reporter pour France Football, nous avons en France un noyau de supporters qui vient automatiquement au stade, mais ce n’est pas assez pour le remplir. En Angleterre, les stades sont systématiquement remplis sans qu’on ait besoin d’attirer les personnes. Il faut donc aller chercher les spectateurs au-delà des supporteurs mais aujourd'hui, on ne prend pas cela suffisamment en compte, ce qui est problématique pour la rentabilité du stade. Autre point : la connectivité dans ces nouvelles enceintes qui est aujourd'hui surtout théorique et n'incite pas les spectateurs à partager sur les réseaux sociaux les moments qu'ils vivent au stade.

En conclusion, les quatre intervenants sont d’accords pour dire que les stades de l’Euro 2016 ne sont pas taillés pour l’entertainment et qu’il y a un réel problème de vision à long terme en France. Les pouvoirs publics français ne sont pas non plus prêts à s’attacher les services des meilleurs spécialistes en charge de la construction des nouvelles enceintes pour des raisons financières, a expliqué Roland Louvet. En conséquence, ils se basent sur un modèle économique existant mais qui est déjà obsolète quand le stade voit le jour car il faut compter entre 7 à 8 ans entre la décision de construire une nouvelle enceinte sportive et son inauguration.

Vidéos

Présentation du projet de l'Arena 92

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