Le Rendez-vous 30 : Les nouveaux enjeux du sport féminin

Astrid Bard, Nicole Derrien, Nathalie Ianetta, Frédérique Jossinet, Marinette Pichon

Les nouveaux enjeux du sport féminin

Jeudi 26 novembre 2015 à 8h30

Comme les chiffres l'attestent, le sport féminin est en plein essor : 50% des Françaises pratiquent aujourd'hui une activité sportive (contre 37% dans le reste de l'Europe) et, en l'espace de 2 ans, la couverture médiatique du sport féminin a plus que doublé.
Quatre ans après un premier RDV consacré aux femmes et à leur place dans le sport, Astrid Bard, journaliste à Canal+ au service des Sports et présentatrice de l'émission Enquêtes de Foot ; Nicole Derrien, Directrice de la Communication Clientèle et Sponsoring du Crédit Agricole ; Frédérique Jossinet, vice-championne Olympique de judo et responsable du secteur féminin à la Fédération Française de Football et Marinette Pichon, ancienne internationale de football, Directrice du club de Juvisy Essonne et consultante pour France Télévisions, sont venues partager leurs réflexions sur les nouveaux enjeux suscités par le sport féminin.

Compte-rendu

« Quel regard portez-vous sur le sport féminin ? ». C’est par cette première question qu’Arnaud Butticaz a donné la parole aux quatre intervenantes qui ont toutes souligné l'évolution positive du sport féminin ces dernières années. On peut même parler « d'une prise de conscience au niveau des instances dirigeantes » selon Frédérique Jossinet, qui a attribué cet avenir prometteur à plusieurs tournants importants. 
Le premier a eu lieu en 2010 au moment de la traversée du désert de l’Equipe de France de football masculine. Lors de cette période difficile, beaucoup de Français se sont davantage retrouvés dans les valeurs « d’émotions et de partage » portées par l'équipe féminine. De plus, des visages commençaient à être connus dans cette équipe de football qui apportait de la « fraîcheur » à un sport à l’image ternie. « Le ticket de la valeur de l'équipe féminine a pris de l'essor » a expliqué Frédérique Jossinet. Mais le réel changement s’est opéré en 2015 lors de la Coupe du monde au Canada où les Françaises ont été jusqu’en quarts de finale. Elles ont alors réussi à faire primer la performance sur toute autre considération. Ce match a connu une audience de plus 4 millions de téléspectateurs - un chiffre que personne ne pensait atteindre avant cette année, pas même le diffuseur du match (W9). Ce chiffre encourageant a été toutefois nuancé par Astrid Bard, qui souligne que le sport féminin mobilise peu : « Il y a eu 4 millions de téléspectateurs parce qu'il s'agissait d'un événement ponctuel, c'était également les vacances, mais c'est une triste réalité : le sport féminin ne marche pas, même quand il s'agit de la finale de Roland Garros… » Elle a également tenu à revenir sur le terme même de « foot féminin », faisant remarquer à juste titre qu’on ne parlait pas de « judo féminin ».

De son côté, Nicole Derrien a expliqué que le Crédit Agricole a été l'une des premières marques à avoir utilisé l’image du football féminin. A l’occasion de la dernière Coupe du Monde, la banque a réalisé une campagne publicitaire mémorable sur le thème : « Les footballeuses sont des footballeurs comme les autres » qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux et vient d'être récompensée par le Grand prix Stratégies du sport.

Séduite par cette campagne, Marinette Pichon, présentée comme la « Platini du foot féminin » par Arnaud Butticaz, a pris la parole, confiant d’abord en toute humilité que son parcours n'aurait pas été possible sans ses coéquipières car « le football est avant tout d'un jeu d'équipe ». Evoquant l'évolution du Championnat de France et les difficultés rencontrées, l’ancienne internationale n’a pas fait pas mystère du quotidien difficile des clubs comme le sien - celui de Juvisy - du fait du manque de moyens. Aujourd’hui, des clubs tels que le PSG, Lyon ou bien encore Montpellier ont de très bons résultats notamment parce qu'ils sont rattachés à une section masculine et bénéficient alors d'un centre de formation. Sans amertume, Marinette a expliqué : « On ne joue pas dans la même cour, mais à Juvisy, nous avons un savoir-faire, une méthode de travail. On vient chez nous parce qu'il y a quelque chose en plus ». Frédérique Jossinet, quant à elle, nous a assuré que de plus en plus de clubs contactaient la FFF pour l’ouverture de sections féminines. Elle s’est voulue cependant prudente sur ce point : ce n’est pas parce que les clubs ouvrent une section de football pour les femmes que le budget qui leur est alloué est conséquent.

D’un point de vue sponsoring, l'équipe de France féminine est aujourd’hui intégrée au même contrat que l'équipe masculine. Pour la première fois, des marques cherchent même à s’allier uniquement aux footballeuses, ce qui est bien même si cela n’est pas possible au niveau juridique. Pour que l’engouement continue, il est primordial, selon Nicole Derrien de « ne pas opposer les footballeurs aux footballeuses » et de créer une « équipe de tous les football ».

Concernant la loi votée en août 2014 pour assurer des quotas de femmes aux postes de direction dans le sport, Frédérique Jossinet s’y est déclarée favorable, expliquant que son point de vue avait évolué au vu des difficultés rencontrées par les femmes. Si elle ne s’inscrit pas dans une féminisation à tout prix, Astrid Bard a aussi fait part de son souhait qu’une place plus importante soit faite aux femmes notamment dans les médias et dans la mesure où ces dernières sont choisies pour leurs compétences.

En conclusion de ce beau rendez-vous, les quatre intervenantes se sont montrées plutôt optimistes, montrant que la révolution était en marche. Pour preuve, en début d’année 2016, la France devrait compter 100 000 femmes licenciées à la FFF.

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