Le Rendez-vous 28 : Euro 2016 : quel impact pour les clubs et le football français ?

Philippe Diallo, Gérard Houllier, Gervais Martel, Raphaël Raymond

Euro 2016 : quels impacts pour les clubs et le football français ?

Mercredi 18 mars 2015 à 8h30

A l'occasion de l'Euro 2016, une vaste politique d'infrastructures a été mise en œuvre. Celle-ci permettra-t-elle d'influer le modèle économique des clubs professionnels français, très dépendants des droits TV ? L'Euro 2016 amènera t-il les clubs à développer d'autres ressources tels que le merchandising ou les droits dérivés ?

Pour en débattre, quatre intervenants : Philippe Diallo, Directeur Général de l’Union des Clubs Professionnels de Football, Gérard Houllier, ancien sélectionneur de l'équipe de France et ancien DTN de la Fédération française de Football, aujourd'hui directeur sportif mondial en charge du football chez Red Bull, Gervais Martel, Président du RC Lens, et Raphaël Raymond, Directeur adjoint de la rubrique football de l'Equipe.

Compte-rendu

A plus d’un an de l’événement, nos quatre invités sont tous du même avis : l’Euro 2016 aura un impact positif pour les clubs et le football tricolore et devrait permettre à la France de rattraper son retard au niveau de la modernisation de ses stades. Tous espèrent que l’Euro 2016 agira pour la France comme la Coupe du Monde 2006 pour l’Allemagne qui a été un réel tremplin pour le football allemand à tous les niveaux.

Dans la perspective de l’Euro 2016, neuf stades sont en construction ou en rénovation, un investissement colossal qui ne s’était pas vu depuis plusieurs décennies. Comme l’explique Philippe Diallo : « L’héritage de l’Euro 2016 est déjà présent pour nos clubs de par la mise à disposition de ces nouveaux stades ». Gervais Martel le confirme : « Les nouveaux stades, c’est une sécurité pour l’avenir ». Pour ces nouvelles infrastructures, au-delà de la conception, l’accent est particulièrement mis sur l’accueil, l’accès ainsi que l’exploitation. Si ces investissements sont salués par Gérard Houiller, il n’en a pas caché les limites : « Est-ce que ces rénovations vont pour autant régler le problème de la compétitivité du football français ? Je pense que non. ».

Concernant la rentabilité des nouveaux stades souvent mise à l’index, Raphaël Raymond a reconnu que cela restait compliqué, les seuls vrais bénéficiaires étant aujourd’hui les groupes de BTP… Les stades ne sont pas des leviers pour la croissance économique comme beaucoup l’espéraient. Cependant, pour Philippe Diallo, ces investissements sont indispensables pour faire progresser le football français. Raphaël Raymond a tenu aussi à préciser que les clubs étant devenus de véritables entreprises, disposant d’une bonne organisation, ils devaient jouer un rôle central dans l’exploitation des stades. A l’exemple de ce qui se fait ailleurs, il faut davantage concevoir les matchs en terme de spectacle sportif en développant des stratégies d’animations et des programmations autour et au sein des stades de façon à impliquer plus les supporters. Gervais Martel a ainsi exposé quelques-unes des idées qui devraient bientôt être mises en place au sein du stade du RC Lens comme, par exemple, des offres couplant la venue au stade à une visite du musée du Louvre-Lens, située à quelques centaines de mètres. Néanmoins, celui-ci a tenu à rappeler que le football était un sport populaire et que la recherche d’une meilleure rentabilité ne devait pas conduire à rendre le stade inaccessible à certaines catégories de la population. De plus, tous ont convenu que le spectacle était d’abord sur le terrain et que cela constituait le principal levier pour faire venir plus de monde dans les stades.

L’argument du manque de culture sportive chez les Français, en comparaison avec celle des Anglais et des Allemands qui sont, par exemple, plus enclins à acheter les maillots de leurs équipes à l’occasion de leur venue au stade, a également été soulevé. Tout peut se résumer en quelques chiffres : la billetterie d’Arsenal, c’est à elle seule plus de 70% de la billetterie du football français ! En une journée, le club anglais fait l’équivalent en terme de recettes que le RC Lens en toute une année… Cependant, Philippe Diallo n’en fait pas une donnée intangible : « Je ne crois pas au fatalisme de l’absence de culture footballistique en France ». Le marketing et le merchandising restent des points que les clubs français n’exploitent pas suffisamment. L’expérience client doit aussi être mieux prise en compte, l’accueil des spectateurs dans les stades étant un point trop souvent négligé par les clubs. La réflexion doit notamment porter sur les femmes et les familles ainsi que sur les hospitalités pour les entreprises pour lesquelles beaucoup de choses peuvent être imaginées afin de fidéliser davantage.

Philippe Diallo a conclu en estimant que le football français se situait actuellement dans une difficulté passagère mais qu’il avait un fort potentiel. Il a rappelé que, selon les dernières enquêtes menées auprès des Français par l’UCPF, le football a une bonne image, même meilleure que celle du rugby.

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