Le Rendez-vous 26 : Les JO à Paris : Y a-t-il plus à gagner qu'à perdre ?

Michaël Aloïsio, Jean-Pascal Gayant, Etienne Thobois, Lucien Boyer

Les JO à Paris : Y a-t-il plus à gagner qu'à perdre ?

Vendredi 5 Décembre 2014 à 8h30

Alors qu’une décision officielle est attendue en 2015, la France doit-elle se porter candidate à l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, ou même 2028 ? Après plusieurs tentatives, est-il judicieux ou pas de se lancer à nouveau dans un tel projet ? Si oui, quel impact pour la France et le sport français ? Et quels seraient les bons arguments à mettre en avant pour convaincre les Français, d’une part, et les membres du CIO, d’autre part ?

Pour en parler, quatre personnalités, quatre regards : Michaël Aloïsio, Délégué exécutif du Comité français du Sport international, Jean-Pascal Gayant, économiste du sport et auteur du blog Money Time hébergé par le journal Le Monde, Etienne Thobois, expert en candidatures olympiques et fondateur de Keneo et Augustin Pénicaut, Directeur du Pôle intelligence d’Havas Sports & Entertainment.

Compte-rendu

Pour lancer le débat, Arnaud Butticaz a invité les intervenants à s’exprimer sur les leçons à tirer des précédentes candidatures de Paris. « On a perdu car les autres étaient meilleurs » a affirmé Etienne Thobois. Selon lui, les pays qui étaient en face de la France avaient une offre plus intéressante à proposer au Comité International Olympique. Pour Michael Aloïsio, « la France avait le meilleur dossier technique, mais cela ne fait pas tout… ». Tous deux s’entendent sur le fait que la France a fait une erreur stratégique : « Il n’y a pas eu de prise de position, nous n’avons pas ressenti l’amour des Jeux contrairement au slogan porté par la candidature » (E.Thobois). Ils soulignent également le manque d’efficacité de la gouvernance des projets français : « Nous ne savons pas vendre, faire savoir ». Selon eux, les candidatures françaises portées à ce jour revêtaient un caractère trop technique.
En réponse à ces problématiques, le CFSI a été créé et une étude d’opportunité a été lancée. Dévoilée fin janvier, celle-ci apportera des informations sur la faisabilité et les intérêts d’une candidature olympique française. Anne Hidalgo, maire de Paris, pourra ainsi se positionner. La réponse définitive sur le dépôt d’une candidature étant fixée à l’été 2015.

Jean-Pascal Gayant a tenu à nuancer ces propos en pointant du doigt la réalité économique des faits. « Les malheurs de la Grèce ont commencé avec les JO. Organiser les Jeux Olympiques est actuellement loin d’être rentable financièrement ! »

Les JO en France : ailleurs qu’à Paris ? Infaisable, selon Etienne Thobois. En cause les problèmes de capacité d’accueil et le manque d'installations sportives. De plus, l'histoire a montré qu'il était préférable qu'une candidature soit portée par une capitale à moins d'être un pays comme la Chine ou les Etats-Unis, où plusieurs villes peuvent rivaliser avec les capitales en terme de prestige.

Quant à la date idéale, elle n’existe pas selon Michael Aloïsio. Il ne faut pas avoir peur des villes qu’il y a en face de la France, « si on n’est pas candidat, on ne gagnera pas ». Augustin Pénicaut a ajouté qu’il faudrait peut-être se projeter sur plusieurs tentatives car la France ne gagnera pas, à coup sûr, à la prochaine candidature. 2024 est néanmoins inscrit dans le calendrier français.
Pour ce projet, il est aussi important de prendre du recul et de susciter l’adhésion de tous les français. « Les français doivent être placé au cœur du projet de candidature et doivent pouvoir s’exprimer dessus. Les Jeux sont un projet d’intérêt national. »

Les intervenants ont ensuite abordé la question des coûts financiers occasionnés par l'organisation des Jeux Olympiques. Pour Etienne Thobois, les dérives financières ont poussé le CIO à agir afin de réguler l'envolée des dépenses depuis les JO de Barcelone. Cette instance est ainsi, pour la première fois, intervenue dans la préparation des Jeux, à Tokyo, afin de convaincre les organisateurs de ne pas construire une nouvelle infrastructure et de faire avec l'existant.

Mais qui aurait vraiment à gagner à organiser les Jeux ? Pour Jean-Paul Gayant, cela dépend des acteurs concernés. Les professionnels du BTP, de la communication et de l'événementiel ainsi que le monde du sport bénéficieraient à coup sûr de cet événement international alors que les contribuables « verraient passer la facture ». Michael Aloïsio n’a pas le même avis. Il a expliqué que l'organisation des Jeux était financé par le CIO et des fonds privés. Les contribuables ne débourseraient donc pas directement pour la manifestation, mais pour les projets d’utilité publique en lien avec l'évènement (infrastructures sportives, transports).

Claude Fauquet, Président du CROS de Picardie et ancien Directeur Général Adjoint de l'INSEP, a pris la parole, concluant la conférence par cette remarque : « Je ne suis plus le même homme depuis que j’ai participé aux Jeux. Cet événement ne doit pas se résumer au business, il doit inspirer une génération ! »

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