Le Rendez-vous 25 : Le sport face à ses défis

Christophe Bassons, Claude Droussent, Patrick Trabal, Caroline BAUD de l'ARJEL

Le sport face à ses défis

Jeudi 22 Mai 2014 à 8h30

Dopage, paris truqués… Quels sont les défis auxquels le sport doit faire face aujourd'hui ? Et comment s'organise t-il ?

Pour répondre à ces questions, cinq intervenants : Christophe Bassons, ancien coureur cycliste professionnel, Caroline Baud, juriste au département sport de l’Autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL), Claude Droussent, ancien directeur des rédactions de L'Equipe, fondateur de Sporteens "Le sport pour vos enfants" et consultant Sport, Pierre Pagès, Secrétaire général du PMU ainsi que Patrick Trabal, sociologue, professeur d'université à Paris Ouest Nanterre et directeur scientifique du groupe "Sciences sociales & Dopage".

Compte-rendu

Afin de cadrer les débats d’un sujet aussi vaste que complexe, Arnaud Butticaz a commencé par rappeler que l’objectif de la conférence n’était pas de pointer du doigt les déviances du monde du sport professionnel, mais bien de comprendre comment les différentes autorités s’organisent pour lutter contre ces fléaux. Quels dispositifs sont mis en place, de quels moyens de surveillance disposent-elles et quelles sont les sanctions appliquées ?

Dopage : une répression efficace ?

Champion de France du contre-la-montre espoir en 1995 et coureur sur le Tour de France, Christophe Bassons a connu de près les années noires du dopage. Témoin de l’affaire Festina, dont il était membre de l'équipe, il a été rejeté par le peloton et ses propres coéquipiers à cause de ses prises de position contre ces pratiques. L’ancien cycliste s’en amuse aujourd’hui, expliquant qu’à l’époque « tout marchait à l’envers ». Témoin aussi des avancées de la lutte anti-dopage en France, Christophe Bassons reconnaît leur efficacité : « La détection a beaucoup évolué, elle a rattrapé son retard. Et la répression est forte donc dissuasive ». Si le dopage n’a pas disparu, il est nettement moins présent, n’en déplaise aux mauvaises langues.

Mais quel rôle jouent les médias dans la mise en scène des affaires de dopage ? Claude Droussent, ancien directeur des rédactions de L’Equipe, a tenu à défendre la position des journalistes. « Il faut bien comprendre que nos sources révèlent leurs informations au moment qui les arrangent. Quand nous possédons des informations aussi essentielles que celles concernant le dopage organisée de l'équipe Festina, par exemple, nous ne pouvons pas attendre pour publier l’affaire, car sinon la source ira voir un autre média, et le scoop finira par sortir alleurs ».

Paris truqués : un fantasme ?

Des joueurs payés pour perdre une rencontre, des paris truqués par des mafias étrangères, des arbitres contraints d’influencer le résultat… En matière de tricherie, l’argent est bien sûr l’autre grand défi du sport professionnel. Dans les faits, ce phénomène de paris truqués reste plutôt isolé. D’après Pierre Pagès, secrétaire général du PMU. « Le parieur a besoin d’être en confiance pour miser, il ne veut pas se demander si la course ou les cotes ont été manipulées. Or les parieurs sont les financeurs exclusifs de l’économie des courses. Nous ne pouvons pas prendre le moindre risque, car ce sont 74 000 emplois qui sont en jeu dans l’industrie du sport hippique ».

De fait, les paris sont très encadrés en France, comme en témoigne Caroline Baud, juriste au département sport de l’Arjel : « L’Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel) a été créée en 2010, au moment où la France a autorisé la mise en concurrence des paris en ligne. Nous avons un logiciel qui nous permet de recenser l’ensemble des mises enregistrées par tous les bookmakers agréés. Et nous pouvons ainsi savoir si des montants irréguliers ont été pariés. Nous alertons alors l’organisateur de l’événement et nous faisons un signalement au Parquet pour l'ouverture d'une enquête ». Mais pour que ce système fonctionne, il faut que tous les acteurs puissent communiquer et s’échanger les informations. Un accord a été signé dans ce sens avec le CIO et Interpol, mis en place pour la première fois au moment des Jeux Olympiques de Sotchi.

Pierre Pagès précise : « En quatre ans le PMU n’a fait qu’une cinquantaine de signalements ». « Et ces signalements - qui ne sont fondées à la base que sur des suspicions - trouvent souvent une explication logique qui n’a rien à voir avec des manipulations de paris », surenchérit Caroline Baud.

Néanmoins, Claudre Droussent rappelle qu’il faut rester vigilent, plus encore selon lui qu’avec le dopage. « Il est plus facile de faire perdre que de faire gagner ! Payer ou menacer un joueur, un entraîneur ou un arbitre reste plus simple que de doper un sportif dans l’espoir qu’il gagne ».

Quels défis pour l’avenir ?

Beaucoup de dispositifs sont mis en place pour assurer l’intégrité du sport professionnel et protéger son économie. Mais il reste encore des améliorations à apporter, notamment en matière d’harmonisation au niveau international. Tous les intervenants se sont accordés à dire que c’est là que se situe le maillon faible. Difficile, par exemple, de faire accepter que certaines substances interdites en France et en Europe soient autorisées en Asie ou en Amérique. De même pour les paris, où beaucoup de pays n’ont pas régulé leur marché, et n’ont donc aucun contrôle sur ces activités.

Pour le sociologue Patrick Trabal, un des problèmes majeurs de la lutte anti-dopage est sa mauvaise image auprès des sportifs qui la voient comme une contrainte et une violation de leur vie privée : « On ne demande jamais leur avis aux sportifs lorsqu’on établit de nouvelles règles anti-dopage. Et les athlètes sont mal organisés pour pouvoir avoir du poids dans les débats, même s’il existe quelques syndicats. Quant aux fédérations, elles défendent le sport, pas les sportifs ».

Enfin, Christophe Bassons insiste sur la nécessité d'une meilleure prévention et un accompagnement des fautifs. « Il ne faut pas se focaliser sur l’argument de la santé pour prohiber le dopage. Il faut expliquer aux jeunes que c’est avant tout une question d’estime de soi, pour pouvoir être fier de ce que l’on a obtenu. Il faut leur inculquer la notion de mérite, et ça, c’est une question d’éducation ». Pas rancunier, l’ancien champion pense aussi à ses coéquipiers qui ont basculé dans le dopage. « Arrêtons de rejeter les athlètes qui se font prendre. Plutôt que de les mettre au banc de la société, de les condamner et de les juger, il faut leur tendre la main. La sanction sportive doit être suivie d’un accompagnement, car le dopage est avant tout un signe de mal-être ».

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