Le Rendez-vous 24 : Sportifs & Médias : La révolution numérique 2.0

Vincent Amalvy, Patrick Montel, Emeric Deminiere, Charles Rozoy

Sportifs & Médias : La révolution numérique 2.0

Jeudi 3 Avril 2014 à 8h30

Relais privilégiés de l'émotion des sportifs en direction de leurs fans, les médias souffrent-ils aujourd'hui de la concurrence des Twitter, Facebook et autre Instagram ? Comment s'adaptent-ils face à ces moyens de communication directs mis à disposition des athlètes ? Quels dangers les réseaux sociaux peuvent-ils représenter pour des sportifs qui ne sont pas toujours des experts de la communication ?

Pour parler de ces sujets, étaient présents : Vincent Amalvy, Chef des sports de l'AFP ; Nicolas Pré, Community Manager Sport de Canal+ ; Emeric Deminiere, Directeur du Département digital, contenus et social media d'Havas Sports & Entertainment et Charles Rozoy, Champion Paralympique du 100m papillon à Londres.

Compte-rendu

Le premier point soulevé par l'animateur de ces RDV, Arnaud Butticaz, à été de savoir en quoi les nouveaux médias, et notamment les réseaux sociaux, avaient modifié le travail des journalistes sportifs. Malmenant les idées reçues, Vincent Amalvy a expliqué que les médias 2.0 ne sont pas un danger pour la profession. Bien au contraire, il les considère comme une source d'information supplémentaire. "Les réseaux sociaux forcent les journalistes à être plus réactifs, à aller toujours plus vite. Et comme l'info est désormais du domaine public, leur travail est d'apporter une analyse, faire des recherches pour approfondir les données brutes fournies par Twitter". Concernant les sportifs, le chef des sports de l'AFP a attiré l'attention sur le fait qu'il fallait pas tomber dans le piège de la course à la popularité. Car si les réseaux sociaux donnent de l'influence, ils peuvent aussi leur causer beaucoup de tort. "Chacun doit rester dans son domaine de compétences" a t-il précisé. "La crédibilité chèrement acquise d'une personnalité peut partir en fumée pour un Tweet malheureux. Twitter, c'est à la fois Closer et Le Figaro, alors attention au mélange des genres !"

Du côté des chaînes de télévision, les médias digitaux sont aujourd'hui incontournables. Les utilisateurs commentent en direct ce qu'ils regardent, incitant d'autres personnes à allumer leur télé, et créant des buzz qui sont eux-mêmes repris dans les médias traditionnels. Un cercle vertueux que les chaînes n'ont pas manqué d'exploiter : "On parle aujourd'hui d'audiences sociales. Un PSG-OM à généré par exemple 400 000 tweets", a expliqué Nicolas Pré, community manager sport de Canal+. "Notre objectif est donc d'agréger des communautés autour de nos programmes sport. Les nouveaux médias nous permettent aussi de montrer les coulisses des émissions et cela plaît énormément." L'un des points fort des réseaux sociaux est de pouvoir impliquer les utilisateurs pour qu'ils passent d'un statut purement passif devant un écran à un statut plus actif. Le revers de la médaille, c'est que tout le monde croit avoir son mot à dire sur tout. Mais avec les risques de dérives que cela implique : critiques, insultes, lynchages...

Emeric Demenière, directeur du département digital d'Havas Sport et Entertainment, a rappelé les règles d'or que, selon lui, les sportifs doivent respecter dans leur utilisation des réseaux sociaux. "Il faut définir une ligne éditoriale, avec un coaching en communication si besoin. Proposer des contenus exclusifs et à rythme régulier. Penser à citer ses partenaires et sponsors, car ce sont eux qui font vivre les sportifs. Mais surtout, il faut véhiculer des émotions positives, et entretenir le dialogue avec sa communauté de sympathisants".

Charles Rozoy, médaillé paralympique en 100m papillon en 2012, a fait partager son expérience des nouveaux médias en tant que sportif de haut niveau. "Au début, j'utilisais les réseaux sociaux pour des raisons personnelles, garder le contact avec ma famille et mes amis et partager mes résultats. Aujourd'hui, cela me permet aussi de me faire connaître. Twitter est très important pour des sports moins médiatisés ou le handisport, afin de toucher un public plus large". Le champion a rappelé qu'il fallait faire attention à ne pas se perdre dans la multitude de réseaux existants... Car il n'y a pas que Facebook et Twitter. "Pour faire parler de soi, il faut être aussi sur les réseaux professionnels comme Viadéo et LinkedIn, et avoir un compte Instagram, YouTube, etc.... Il est impossible de tout gérer, c'est trop chronophage !".

Le mot de la fin est revenu à Emeric Deminière, habitué à conseiller les marques dans leurs choix de partenariats sportifs : "Sur les médias digitaux, on raconte son histoire, sa vie, on véhicule des valeurs et on touche les gens. On pourrait faire un débat philosophique sur le besoin d'exister et de reconnaissance... Quoiqu'il en soit, il faut simplement savoir maîtriser sa communication pour ne pas subir celle des autres".

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