Le Rendez-vous 22 : La reconversion des sportifs de haut niveau

Yann Delaigue, Sophie Kamoun, Olivier Létang, Vincent Parisi

La reconversion des sportifs de haut niveau

Jeudi 14 Novembre 2013 à 8h30

Du terrain aux médias en passant par le monde de l’entreprise, la reconversion des sportifs de haut niveau est aujourd’hui multiple, avec des parcours parfois étonnants à la clé.

Pour ce premier RDV du Sport de la saison, quatre anciens sportifs sont venus raconter comment ils ont négocié et vécu leur reconversion : le patineur artistique Philippe Candeloro, médaillé olympique en 1994 et 1998, consultant sportif pour France Télévisions ; Luis Fernandez, ancien footballeur international, devenu entraîneur, consultant et animateur radio sur RMC Sport avec l'émission Luis attaque ; Yann Delaigue, ancien rugbyman et membre de l’Equipe de France, aujourd’hui ambassadeur de la Ligue Nationale de Rugby, coach d’entreprises et consultant pour Canal+ et Sophie Kamoun, 26 fois championne de France de natation et finaliste olympique, devenue directrice de la communication chez Nike France avant de fonder une agence de relations presse dans le sport. A noter aussi la présence de François Pesenti, Directeur général de l'Agence RMC Sport dont la politique est de recruter ses animateurs parmi les anciens sportifs de haut niveau.

Compte-rendu

Si les parcours de reconversion des uns et des autres sont différents, les invités ont tous mis en avant un manque d’informations et d’accompagnement des jeunes sportifs.

Première question, et premier problème soulevé : la difficile scolarisation des jeunes athlètes. De l’école primaire jusqu’à l’université, mener de front des entraînements intensifs et des études n'est pas une chose aisée. « J’ai été déscolarisée à 12 ans, pour me consacrer entièrement à la natation qui nécessitait deux entraînements par jour » raconte Sophie Kamoun. « Puis, lorsque j’ai voulu intégrer la fac, j’ai arrêté au bout de six mois. Je ne parvenais pas à suivre les cours tout en préparant les compétitions. Alors je suis partie aux Etats-Unis où les jeunes athlètes sont bien mieux considérés. Ils ont droit à des bourses d’études et leur activité sportive leur fait gagner des crédits ! ». Philippe Candeloro, lui, a pu intégrer un programme de sport-études dès l’âge de 8 ans, mais déplore « que rien n’ait changé depuis 20 ans. Ils ne comprennent pas que ce sont les études qui doivent s’adapter au sport et pas le contraire ! ». Pour Luis Fernandez, le souvenir de l’école n’est pas très bon non plus : « Les études et moi, on n’est pas passé par la même porte. Heureusement, j’ai pu me reconvertir comme entraîneur puis consultant, pour continuer à faire partager ma passion ».

Autre pierre d’achoppement que les intervenants ont souhaité souligner : le manque d’accompagnement des jeunes sportifs qui se consacrent à leur carrière professionnelle et n’ont ni le temps, ni l’envie de penser à l’après. Yann Delaigue a noté un contraste saisissant : « Lorsque je jouais, le rugby n’était pas encore professionnel, j’ai donc toujours gardé un pied dans différentes activités en dehors. En revanche, la nouvelle génération, celle qui n’a connu que le professionnalisme, commence à vieillir et on se rend compte que tout le monde n’a pas appréhendé ce passage ! Il y a un vrai rôle à jouer pour les clubs et les institutions, qui doivent informer et guider leurs joueurs dès le début de leur carrière ». Même les entreprises peuvent apporter des solutions, à l’image d’Adecco, qui a monté, en partenariat avec le CNOSF, un programme d’accompagnement à la reconversion pour les sportifs de haut niveau. Il s’agit notamment de faire découvrir aux athlètes le monde de l’entreprise tout en les aidant à identifier et mettre en avant leurs compétences. En revanche, et contrairement à une idée répandue, la reconversion en tant que consultant pour les médias n’offre que très peu de postes. François Pesanti, directeur général de RMC Sport, a souhaité mettre en garde les athlètes : « En réalité, le phénomène est minime mais il se voit puisque les consultants sont, par définition, médiatisés. Il ne faut pas croire qu’il y a une filière média pour les sportifs. Ce serait leur mentir de les laisser croire qu’il y a une opportunité de carrière. De plus, chaque fois que nous en recrutons un, nous prenons un risque car c’est le public qui décidera si le lien se fait avec le sportif devenu animateur ».

Malgré tout, le passage du monde sportif au monde du travail reste délicat. D’une part, parce que, comme l’a souligné Sophie Kamoun, « quand on s’est exprimé 15 ans dans une discipline, ce n’est pas facile de redescendre en bas de l’échelle, de devoir faire ses preuves », mais aussi parce que le sport procure des sensations fortes qui font paraître le quotidien en entreprise bien pâle. « J’ai eu besoin de couper avec le rugby pour un temps, car ma carrière ne s’est pas terminée comme je l'aurais souhaité. Mais quand on a évolué au sein d'un sport collectif, les rapports humains nous manquent » renchérit Yann Delaigue. Heureusement, le meilleur atout des sportifs en reconversion reste leur mental de vainqueur. « La difficulté du sport nous a fait comprendre qu’on peut se sortir de n’importe quelle situation si on travaille dur et qu’on persévère » a conclut Philippe Candeloro.

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer