Le Rendez-vous 19 : Le sport automobile et ses perspectives

Bernard Béguin, Hervé Bodinier, Pierre Gasly

Le sport automobile et ses perspectives

Jeudi 7 Février 2013 à 8h30

Le sport automobile est confronté à de multiples défis : la crise économique et ses répercussions sur le sponsoring, la moindre diffusion télévisuelle, les considérations environnementales, l'émergence de nouveaux pilotes français... et la non-organisation du "Grand Prix de France" , vieux serpent de mer qui ne parvient pas à réaliser le consensus de toutes les parties prenantes...

Pour ce grand Rendez-vous du Sport, trois invités exceptionnels étaient présents Bernard Béguin, Directeur de la communication de la FFSA, Hervé Bodinier, Président de Sponsorship 360 et Pierre Gasly, jeune pilote de 16 ans et membre de l'équipe de France.

Compte-rendu

Ce dix-neuvième Rendez-vous du sport a débuté par une question d’Arnaud Butticaz : « Qu’est-ce que le sport automobile en 2013 ? ». Bernard Béguin a alors reconnu l’enjeu majeur que revêt l’insertion de cette discipline dans le contexte du développement durable mais également dans la société moderne tandis qu’Hervé Bodinier et Pierre Gasly ont tous deux évoqué le formidable moyen d’expression que cela revêt pour les marques.

Il n’y a pas que la F1…

Très rapidement, la thématique de la crise touchant le secteur automobile a fait surface. Hervé Bodinier tient tout de même à nuancer les choses, selon lui cette crise serait quasiment inexistante à l’international : « Il y a plus d’investissements dans le sport automobile aujourd’hui qu’il n’y en a jamais eu ». Il admet, en revanche, que c’est bien la Formule 1 qui concentre l’ensemble des investissements. « Cette discipline capte près de 80 % de l’intérêt non seulement des médias, mais également du public et des annonceurs ». Un point sur lequel le rejoint Bernard Béguin : « Le sport automobile est vampirisé par la Formule 1 ». Cependant, il ne faut pas oublier que le sport automobile est le fruit de multiples disciplines et la Formule 1 n’est portée que par seulement vingt-quatre pilotes dans le monde. « Nous avons 60 000 licenciés et environ trois pilotes en Formule 1, c’est un porte drapeau et nous ne pouvons pas ne pas être présent dans cette discipline », admet Bernard Béguin. Des disciplines telles que l’endurance ou le rallye ont encore du mal à trouver leur place malgré les 24 heures du Mans, le Rallye de France ou encore un champion multiple comme Sébastien Loeb. Ce manque de notoriété se ressent également lorsque l’on aborde la question des investisseurs et des annonceurs. « Quand on parle de sport automobile aujourd’hui, les annonceurs ne pense qu’à la Formule 1. Il y a un gros travail à faire, de la part de tous les acteurs, pour avoir un produit attractif », commente Hervé Bodinier.

L’action de la FFSA

Face à la multitude de disciplines et donc de courses associées, il est difficile pour un néophyte de s’initier au sport automobile. C’est pourquoi la FFSA a décidé d’axer sa communication sur trois championnats majeurs : le championnat de France des rallyes, le championnat de France des circuits et les Grands Prix de karting. La fédération produit donc des images sur ces trois compétitions et il est également possible d’en trouver davantage sur son site internet et les chaines spécialisées.
Malgré la crise, la FFSA tient à poursuivre toutes ses opérations, et notamment son soutien envers les jeunes pilotes au travers de l’Auto Sport Academy. Un centre de formation pour que les plus jeunes puissent vivre de leur passion et atteindre, un jour, les sommets. Bernard Béguin reconnaît tout de même que la fédération commence à sentir les effets de la crise depuis un an mais sans réel impact sur le nombre d’engagés en compétition. « Le nombre de nos licenciés va sûrement baisser l’année prochaine, mais nous ne lâcherons pas pour autant la promotion de nos pilotes », ajoute-t-il. La fédération envisage aussi une baisse des budgets consacrés à la compétition en réduisant le format des courses puisque « la baisse de la distance impacte sur le budget consacré à l’organisation de la compétition », témoigne le directeur de la communication de la FFSA. Pour autant, le budget pour l’organisation d’un rallye reste particulièrement important. « L’année dernière, le plus beau rallye du championnat du monde a quasiment atteint les 4 millions d’euros, dont un tiers financé par des partenaires commerciaux », raconte Bernard Béguin. Le rallye doit faire face à un autre challenge par rapport à la Formule 1 : « Si Citroën gagne le Rallye de France, il faut que la marque prenne une page de pub dans L’Equipe le lendemain pour faire parler d’elle car on n’en parlera pas forcément dans le journal de 20h le soir même contrairement à la Formule 1 », rapporte Hervé Bodinier. Un coût en plus pour le rallye.

« Plus tard, je serai pilote de Formule 1 »

Quand certains rêvent de devenir footballeur, d’autres ne jurent que par le sport automobile. C’est le cas du jeune Pierre Gasly. « Je baigne dans le sport automobile depuis l’âge de deux ans grâce à mes frères qui faisaient alors du karting à l’époque », raconte le jeune homme. A six ans, il effectue son premier test en karting et se fait rapidement repéré au niveau local puis régional par Sodikart. « Une fois le niveau international atteint, la fédération m’a repéré et me soutient depuis. C’est vrai que c’est difficile de commencer ce sport mais j’ai eu la chance de bénéficier du soutien de mes parents qui m’ont offert mon premier kart à l’âge de neuf ans », poursuit-il. Un choix difficile à accepter pour ses parents également : « Dès neuf ans, il a annoncé qu’il voulait être pilote », témoigne Pascale, sa mère. « Il a toujours été brillant dans ses études et on l’a récompensé avec le kart », enchaine-t-elle. C’est un sport qui demande beaucoup de temps mais également d’argent : « On s’attèle au quotidien pour le soutenir financièrement, mais heureusement la fédération nous aide énormément », ajoute Pascale. Pierre Gasly, qui roule en Renault 2 litres, doit prévoir un budget de 400 000 euros par saison : « Il est difficile de trouver des sponsors car je n’ai que 17 ans et je manque de notoriété nationale. Même si je suis toujours bien reçu par les annonceurs, les choses se compliquent quand il s’agit de donner une aide financière ».
La tâche n’est pas facile pour les jeunes pilotes comme le souligne justement Hervé Boidinier : « Il n’y a aucun autre sport où l’on demande autant d’argent sur le long terme avec tant de demandeurs et si peu d’élus ». D’autant que pour de telles sommes qui ne garantissent en rien un retour sur investissement, il s’agit davantage de mécénat. Alors comment procéder ? « Il faut aller chercher dans le cercle des proches du pilote, des gens qui ont envie de l’aider. Une ville, un département ou une région peut également chercher à véhiculer un certain nombre de valeurs à travers le sponsoring d’un jeune pilote. L’important pour un jeune espoir, c’est de savoir se différencier. Il faut qu’ils aient une histoire à raconter, un parcours, mais également un bon environnement familial et des valeurs à représenter » précise Hervé Boidinier. Mais la performance reste le facteur clé. Les jeunes pilotes doivent enchainer les performances pour séduire les investisseurs et intégrer la filière d’un grand groupe (Red Bull, Mercedes, Renault) qui sera alors plus à même d’accompagner le pilote dans sa progression.
La F1 ne compte que 24 coureurs, la concurrence est difficilement soutenable pour les jeunes pilotes. Mais l’avenir n’est pas si sombre pour nos espoirs français comme tient à le préciser Bernard Béguin : « Il existe d’autres pistes de réussites pour nos jeunes français. Si la F1 est l’objectif rêvé de tous, d’autres possibilités d’épanouissement s’offrent à eux. Nos pilotes s’exportent très bien dans les autres disciplines. Sebastien Bourdais en est le magnifique exemple ! Même s’ils ne bénéficient pas du même rayonnement médiatique, beaucoup de français ont du succès à l’étranger et gagnent bien leur vie grâce au sport automobile ». Les passionnés peuvent donc se frayer un chemin.

La France, un pays « autophobe »

Nos intervenants sont unanimes, il y a bien un problème avec le sport automobile en France. Bernard Béguin affirme « la France est probablement le pays le plus autophobe d’Europeb». Plutôt étonnant pour un pays qui compte de nombreux prestigieux constructeurs automobile. Une mentalité qui freine considérablement le développement du sport automobile en France. « Les partenaires sont très difficiles à trouver. Même Citroën a du se tourné vers les pays emmergents pour financer une partie de son programme ». La réalité est bien différente dans les autre pays, où le sport automobile se montre florissant. Hervé Boidinier s’étonne lui aussi du paradoxe français : « Nous avons pourtant de grands constructeurs, de très grands champions et un rallye de France prestigieux en Alsace ». L’enjeu pour la FFSA et les sponsors est de remettre l’entertainment au cœur du sport automobile, la notion de plaisir doit être retrouvée.
Preuve de ce désamour : à un mois du début de la saison, les droits de la F1 n’ont toujours pas été attribués en France (ndlr : Canal + et TF1 sont en compétition). « Du jamais vu ! » s’exclame Bernard Béguin. Les audiences des précédentes saisons montre un désintérêt de la part des français. Pour le directeur de la communication de la Fédération cela s’explique d’abord par l’absence de pilote français jusqu’à la saison dernière « Plus de pilotes et plus d’écuries française, cela a joué en notre défaveur », regrette-t-il. Mais le sport automobile français se tourne vers un plus bel avenir avec quatre pilotes français engagés cette saison. « Et si Romain Grosjean venait à gagner un Grand Prix, vous seriez surpris de l’engouement français ! » espère Bernard Béguin. « Nous avons besoin d’un champion, d’un héros. C’est bien d’avoir un bon pilote français mais il faut qu’il soit dans une écurie qui gagne ! », conclut-il.

À quand le retour du Grand Prix de France ?

« C’est un vaste sujet ! » s’exclame d’entrée Bernard Béguin. Le projet d’un retour du Grand Prix de France est confronté à de nombreux obstacles. Économiques principalement. Pour organiser un Grand Prix, il faut payer un « coût de plateau » à la fédération internationale. Un coût qui peut aller de 10 millions pour Monaco à 50 millions pour le Grand Prix en Chine. « Aujourd’hui, ce n’est pas rentable pour l’organisateur qui n’a que les billetteries et une toute petit partie du réceptif pour enregistrer des recettes ». Pour pouvoir financer un tel projet, il faut donc des fonds publics. Une option qui semble difficilement imaginable dans le contexte économique actuel regrettent nos intervenants. Bernard Béguin précise que la FFSA ne peut financer un tel projet : « Ce n’est pas le rôle de la FFSA de financer l’organisation d’un Grand Prix de France. Il n’y a pas de raison que nous mettions l’argent de nos licenciés dans la Formule 1. Nous voulons que ce soit un promoteur privé qui s’en charge ».
Nos intervenants déplorent la politique de Bernie Ecclestone, l’homme qui gère la Formula One Management : «Si Ecclestone pouvait concentrer tous les Grand Prix dans les pays emmergent pour engranger plus d’argent, il le ferait. Mais il ne peut pas délaisser l’Europe de l’Ouest ». Les Grand Prix d’Europe concentrent en effet la majorité de l’audience totale. Un départ d’Ecclestone pourrait faciliter l’organisation du Grand Prix de France. De nouveaux interlocuteurs avec des exigences financières plus raisonnables rendrait le projet réalisable. À condition de trouver des promoteurs privés…

Le développement durable, un enjeu pour le sport automobile

Yves Le Caignec a ensuite présenté les différentes avancées technologiques réalisées dans le domaine du développement durable. Il a bien expliqué que l’industrie automobile était en mutation. Différents prototypes et engins ont été imaginées et crées pour répondre à des problématiques écologiques. L’initiative de Nissan avec la Delta Wings aux 24h du Mans mais également le projet d’une voiture avec des piles à combustibles, un mode de propulsion aussi puissant que le diesel. Yves Le Caignec a également souhaité montrer que si le sport automobile s’était toujours montré comme un leader en innovation, les bolides sont bien en retard sur les innovations écologiques que l’on retrouve dans les voitures de tout un chacun.
Nos intervenants ont reconnu ce retard mais ont précisé que toutes ces problématiques avaient été prises en compte et que de nombreux projets sont d’ores et déjà mis en place. «Un Grand Prix International de Karting électrique indoor a été organisé à Bercy à Paris en 2011, nous avons réussi à rassembler 17 000 personnes dans la salle !» affirme Hervé Boidinier.
« Le sport automobile a toujours été la vitrine des nouvelles technologies mais il est aujourd’hui en retard sur le développement durable. Mais c’est en train de changer ! », conclut Hervé Boidinier. Le futur nous réserve de belles surprises…

 

Le Rendez-vous en vidéo

Visionnez la vidéo réalisée à l'occasion du Rendez-vous (23:07) :

 

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