Le Rendez-vous 18 : l'internationalisation du football français

Jean-Luc Arribart, Bruno Belgodère

L'internationalisation du football français

Jeudi 13 décembre 2012 à 8h30

Plusieurs experts du football : Jean-Luc Arribart, ancien professionnel et consultant sur Canal+, Bruno Belgodère, en charge des questions financières et économiques à l'Union des Clubs Professionnels de Football, Sebastien Wasels, chargé du développement international au Paris Saint-Germain, et Redha Chibani, Responsable du Développement International à la Ligue de Football Professionnel, sont venus partager leurs analyses sur l'internationalisation du football français et dresser quelques perspectives d'avenir.

Compte-rendu

L’évolution du monde du football

Arnaud Butticaz a d’abord donné la parole à Jean-Luc Arribart, l’interrogeant sur l’évolution du football français à l’international. L’ancien footballeur revient sur les faits marquants de ces quarante dernières années qui ont, selon lui, contribué au statut du footballeur d’aujourd’hui  : la création de l’UNPF en 1961, l’apparition de Canal + en 1984, l’arrêt Bosman en 1995… Tout d’un coup, le football a pris conscience qu’il pouvait se vendre à la télévision et l’explosion des droits TV a permis aux clubs de s’enrichir considérablement. « Très vite, les joueurs ont compris qu’ils pouvaient devenir multi-millionnaires », reconnaît Jean-Luc Arribart. « Ils sont devenus les maîtres du jeu », poursuit-il. Une affirmation sur laquelle a rebondit Bruno Belgodère. Il confirme que l’arrêt Bosman a totalement changé la relation club/joueur : « Nos meilleurs joueurs sont partis là où les systèmes fiscaux étaient les plus intéressants pour eux  si bien que la France est le troisième pays exportateur de footballeurs au monde ».

L’arrivée de QSI au Paris Saint Germain

Aujourd’hui, le vrai changement réside dans l’émergence de nouveaux investisseurs capables de concurrencer les grands clubs anglais ou espagnols. En effet, l’arrivée du Qatar a permis de faire venir en France d’excellents joueurs. «  Il y a un balancier très intéressant qui est en train de se faire  », remarque-t-Bruno Belgodère. Et lorsqu’on en vient à parler du Qatar, il est presque tout naturel que Sébastien Wassels, chargé du développement international au PSG, prenne la parole. Il admet que des changements drastiques ont eu lieu depuis l’arrivée des investisseurs qataris plaçant désormais le PSG parmi les clubs qui comptent dans le monde. Une popularité significative et des retombées médiatiques phénoménales qu’il faut savoir gérer comme la traduction du site internet du club en arabe pour répondre à la forte demande des pays du Golfe mais également par un travail main dans la main avec Nike pour tout ce qui touche au merchandising. « Il est important pour nous que nos produits soient distribués dans des pays clés comme la Suède ou le Brésil. Porter un maillot du Paris Saint-Germain à Tokyo ou à Pékin c’est aussi un moyen de porter la marque et de continuer à développer sa notoriété », explique-t-il. Toujours dans une volonté de développement à l’international, Sébastien Wassels a évoqué l’aspect essentiel du sponsoring. « Le fait que le Paris Saint-Germain soit connu mondialement intéresse de grandes marques internationales dont la volonté est de développer leur chiffre d’affaires ou leur notoriété en France  mais aussi à l’étranger en nous accompagnant lors de tournées que l’on organise », poursuit-il. Il a ensuite précisé en quoi le sponsoring avait évolué puisqu’il ne s’agit plus seulement de retombées financières pour le club mais d’un réel partenariat entre la marque-sponsor et le club : il est essentiel que cela soit bénéfique pour chacune des parties.

Le Paris Saint Germain  : l’arbre qui cache la forêt

Jean Luc Arribart a souligné le caractère hors norme du Paris Saint Germain, cet « ovnni » qui cache la situation très délicate des autres clubs professionnels français. L’investissement des quatariens est malheureusement un cas isolé dans un football français en grande difficulté. L’ancien footballeur a insisté sur la nécessité de bâtir un modèle économique solide avant de penser à exporter le championnat de France.
Le modèle fiscal français n’avantage pas la situation de nos clubs et dissuade les investissements étrangers. Paris a su attirer des investisseurs car c’est une marque internationale  dans une région urbaine de 10 millions de personnes, ce qui représente un grand nombre d’opportunités pour développer un grand club européen. Malheureusement, très peu de clubs français ont aujourd’hui le potentiel pour devenir une marque internationale constate Redha Chibani.

Comment attirer de nouveaux investisseurs étrangers en France  ?

Pour encourager l’arrivée d’investisseurs et mettre en avant le championnat français, Bruno Belgodère explique que l’UCPF a développé différents outils ces dernières années. La licence club a notamment été mise en place. C’est un dispositif destiné à favoriser ceux qui investissent dans des infrastructures, dans des projets à long terme. L’UPCF s’attache également à démontrer les retombées bénéfiques d’un investissement dans le football (en terme de notoriété et d’image notamment). Le syndicat a aussi participé à l’élaboration du nouvel appel d’offres pour les droits télévisés de la L1. La réorganisation du calendrier permet la diffusion de certains matchs en prime time sur le continent asiatique. Cet ensemble de l’élément atteste du début d’une vraie réflexion sur une stratégie d’internationalisation. « Le football français doit trouver son propre modèle, il est inutile de vouloir appliquer les modèles allemands ou anglais dans notre championnat. Les mentalités et les habitudes de consommation sont différentes  » a précisé Bruno Belgodère.

La rentabilité d’un investissement dans le football  français

A la question « Est-il aujourd’hui rentable d’investir dans le football français ? », nos intervenants se sont voulus optimistes. Si le retour sur investissement est bien sûr soumis aux règles de l’aléa sportif, les investisseurs peuvent bénéficier de retombées importantes en terme d’image et de notoriété. Ils jouissent d’un nouveau rayonnement qu’il leur aurait été difficile d’obtenir par un autre moyen.
Sébastien Wasels, a tenu à préciser que si le Qatar investit autant d’argent dans le PSG aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour l’exposition médiatique qu’il en tire. QSI a bien pour objectif de bâtir un club rentable dans les années à venir (nouvelles infrastructures d’entraînement, nouveau stade). Jean-Luc Arribart a pour sa part estimé qu’il existe des opportunités intéressantes pour les investisseurs, et notamment en Ligue 2 dans une stratégie de montée à moyen terme. Redha Chibani s‘est montré plus pessimiste. En regardant l’équilibre économique des championnats anglais, italiens et espagnols, on constate que les bilans des clubs sont catastrophiques. L’Allemagne restant le modèle de référence avec un taux de remplissage des stades exceptionnel et des salaires raisonnables. Le modèle économique français est aujourd’hui très fragile mais il y a des motifs d’espoir. Après l’arrivée de QSI, le Parc des Princes est passé d’un taux de remplissage de 70% à 97%. Mais également avec de nouvelles infrastructures, comme à Lille, où la construction du Grand Stade a permis d’augmenter le nombre d’abonnés de 7 500 à 30 000 ! Les stades sont élément central pour la santé économiques des clubs.

Ce Rendez-vous du sport s’est conclut par un message optimiste quant au développement du football français, aussi bien économique qu’à l’international. Les intervenants ont été unanimes sur le fait que la France est en train de rattraper son retard que ce soit en terme de marketing dans les clubs ou terme d’infrastructures sportives. Bien qu’il reste encore un bon nombre de challenges.

« Thème des Rendez-vous du sport dans 10 ans : Pourquoi le football français domine-t-il le monde  ? » a écrit Redha Chibani sur le mur des Rendez-Vous du Sport à l’issue de la conférence. Rendez-vous en 2022 !

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