Le Rendez-vous 15 : Les espoirs français aux JO de Londres

Brahim Asloum, Claude Fauquet, Bernard Amsalem

Les espoirs français aux JO de Londres

Vendredi 11 mai 2012 à 8h30

Claude Fauquet, Directeur Général Adjoint de l'INSEP, est l'expert par excellence du sport français et de l'Olympisme. En dix années, il a fait gagner tous les titres à la natation française qu'il a propulsée au troisième rang mondial au nombre de médailles. Observateur quotidien de la préparation des sportifs à l'INSEP, il est venu nous exposer les chances françaises aux Jeux Olympiques de Londres.
A ses côtés, Bernard Amsalem, Président de la FFA et chef de mission de la délégation française aux JO et Brahim Asloum, champion olympique de boxe anglaise à Sydney, nous ont fait partager leurs expériences des grands rendez-vous.

Compte-rendu

Pour ce nouveau rendez-vous du sport, c'est Claude Fauquet, Directeur Général Adjoint de l'INSEP, qui a entamé l'échange d'idées en insistant d'abord sur la valeur humaine d'un événement comme les Jeux Olympiques : "Il y a une chose essentielle à retenir, c'est que les Jeux Olympiques sont avant tout une expérience humaine incomparable. L'oublier, c'est une grosse erreur". Pour lui, la préparation est primordiale : "On réussit les Jeux quand on les prépare et toutes les échéances intermédiaires sont très importantes".

Il constate qu'il y a une vraie problématique française : on remporte de moins en moins de titres bien que le nombre de médailles récoltées au total soit en hausse. D'Atlanta à Pékin, on est passé de 9 fédérations médaillées à 16 (sur 22). C'est un vrai progrès et le prévisionnel pour Londres est de 24 fédérations médaillées sur 24 mais il nous faut gagner plus de titres. Deuxième enseignement important : "L'expérience des Jeux est un fantasme". Claude Fauquet s'explique : "Chaque sportif doit vivre le moment présent comme si c'était le dernier. Ne pas se dire que ça ira mieux dans quatre ans".

Par la suite, le directeur adjoint de l'INSEP s'est attardé sur quelques chiffres : en France, seulement 20% des champions du monde en titre confirment leurs suprématie aux Jeux Olympiques l'année suivante (contre 30 ou 40% dans les autres pays). L'objectif français pour Londres est fixé à 10/14 médailles d'or, chiffre difficile à atteindre mais Claude Fauquet se veut optimiste.

Pour conclure son intervention, il donne les trois axes d'actions principaux fixés par l'INSEP, en relation avec les fédérations :

  • Accentuer le travail sur les problématiques de management qui ne sont pas assez privilégiées en France : management de conflits, mise en œuvre de projets,...
  • Accompagner les acteurs du sport : quelque soit la fédération, elle a besoin d'un regard extérieur sur son activité. Pour cela, il faut des structures qui soient en capacité d'accompagner les fédérations.
  • Faire valoir davantage l'idée de partage : on ne sait pas partager les acquis des uns et des autres, il faut donc mieux s'appuyer sur ce qui a déjà été fait.

Ensuite, c'est Bernard Amsalem qui a pris le relais en expliquant son travail dans les cadre des prochains JO : "Ma mission consiste à piloter une équipe. Je suis entouré d'experts olympiques de l'INSEP ainsi que du ministère. C'est un travail de l'ombre avec un côté juridique important et beaucoup de travail de terrain. Nous avons dû, par exemple, faire beaucoup de repérages à Londres pour s'approprier les équipements, les trajets, etc. C'est un travail progressif qui nous permet de mieux nous connaître".

Brahim Asloum a fait partager sa préparation aux JO de Sydney lorsqu'il est devenu champion olympique : "Quand on arrive là-bas, tout le monde est au même niveau. Il y a un vrai rassemblement fraternel qui incite au dépassement de soi. Quand on est dans l'équipe de France, on se sent chez nous. Par exemple, à côté de ma chambre se trouvaient les handballeurs français qui m'encourageaient avant chaque combat. Aux JO, il y a une vraie complicité et solidarité : on se sent parrainé par nos ainés".

Questions/Réponses

Brahim, que représentent les JO pour un boxeur ?
Brahim Asloum : Une participation aux Jeux Olympiques, on ne peut pas rêver mieux pour un athlète. C'est le meilleur moment de toute ma carrière. L'INSEP m'a appris à devenir un sportif de haut niveau (entraînement deux fois par jour et cours en parallèle). Cela m'a apporté une méthode de travail impérative pour accéder à l'élite du sport mondial, niveau que j'ai atteint en remportant le titre de champion olympique. Je m'en souviens comme ci c'était hier."

Qu'est-ce qu'on ressent quand on est sur la première marche du podium d'un tel événement ?
Brahim Asloum : Je me souviens de tout. J'ai encore toutes les images en tête, je me dis que le travail a porté ses fruits. Je m'étais entraîné tellement dur pendant quatre années consécutives, je me suis interdit de tricher tous les jours et tous les petits détails ont fait la différence à la fin. Cette victoire m'a servi d'exemple pour ma vie actuelle."

D'où vient la difficulté française à gagner des titres ?
Claude Fauquet :
"Je ne pense pas que ce soit un véritable problème français. Cela a à voir avec la culture du sport dans notre pays. Dès qu'un athlète commence à gagner, immédiatement il devient une star. On va traiter sa vie autrement de ce qu'elle est réellement. Aux Etats-Unis, un champion olympique passe souvent inaperçu. Ici, il a à peine fait un bon résultat qu'on lui consacre une page dans l'Equipe ou un reportage sur TF1. Pour un gamin de 20 ans vous imaginer le choc ! Il faut une maturité incroyable pour gérer ça."
Bernard Amsalem : "Il est important de veiller à ce que les athlètes ne se perdent pas. Sur le site de compétition, il y a plus de 11 000 athlètes. C'est une vraie ville dans laquelle les sportifs sont plongés. Quand on est jeune, on peut vite se perdre dans cette immensité, passer son temps à admirer l'environnement en côtoyant les stars. Par ailleurs, en France, nous sommes dans un pays de supporters et le sport n'a pas la place qu'il doit avoir dans l'éducation. Les acquis fondamentaux se font à la petite enfance. Après, c'est trop tard ! Le jour où on aura compris ça, on n'aura plus ces problèmes de starisation. C'est une véritable révolution qu'il faut faire."

Pourriez-vous, à deux mois et demi des Jeux, dresser une liste des espoirs tricolores ?
Bernard Amsalem :
"La stratégie prise par la fédération de natation qui s'est appuyée sur les clubs était la bonne. Nous allons aller dans le même sens avec la fédération d'athlétisme. L'arrivée d'un DTN qui ne vient pas de l'athlétisme a beaucoup contribué à l'évolution des mentalités chez nous. Depuis, les résultats arrivent. Il y a un vrai renouvellement des générations avec des talents et des états d'esprit différents. On a fait un beau championnat du monde l'an dernier et on espère au moins 4 médailles, peut être 5. Le potentiel est là en tout cas. Aujourd'hui, nous avons une quinzaine de chances de médailles. Avant, on en avait que 3 ou 4 et au final, on arrivait à en avoir 2, une voire zéro. Nous sommes optimistes et sereins pour Londres."

Nous n'avons pas encore parlé de Laure Manaudou, est-ce un mauvais signe ?
"Non, elle a ses chances. C'est une fille qui a de l'expérience, elle va absorber tous les médias et peut être une sérieuse prétendante à la finale. Elle a beaucoup de talent et tout le monde le sait mais il faudra lui nager bien plus vite que ce qu'elle a fait à Dunkerque, il ne faut pas se le cacher. Mais en sport, tout est possible."

Quand est-ce qu'en France, on fera passer le message qu'il faut gagner et non pas seulement participer ?
Claude Fauquet :
"Il faut arrêter de dire que les français n'ont pas de mental. Je vois les athlètes tous les jours, il n'y en a pas un qui va aux JO sans avoir l'idée de gagner. Les sélections se sont énormément réduites pour aller vers le maximum de qualité. On a une équipe olympique qui a vraiment la volonté de gagner des titres grâce à l'énorme travail qui a été fait."
Bernard Amsalem :"Je confirme. Les quotas sont de plus en plus difficiles. En athlétisme, on a les plus durs minimas de l'histoire de la discipline. Tout le monde se bat pour aller aux Jeux. On a de formidables artisans pour la victoire. Par contre, il est sûr qu'il faudra faire évoluer le système pour Rio."

Que pensez-vous des sportifs non-valides qui veulent participer aux JO, Oscar Pistorius, par exemple ?
Bernard Amsalem :
"Je l'ai dit à propos d'Oscar : pour moi, sa place est aux Jeux Paralympiques et non parmi les valides. Je sais que je ne vais pas me faire que des amis en disant ça mais c'est ce que je pense. Il est avantagé dans sa catégorie. Quand on fait un 400 mètres, on commence vite et on a du mal à finir. Lui, c'est l'inverse."

Concernant la reconversion des sportifs, qu'est ce qu'une médaille olympique change dans la vie ?
Brahim Asloum :
"Quand on à 20 ans, c'est perturbant. Je me demandais souvent pourquoi tous les gens étaient autour de moi. En plus de cela, j'avais ma carrière à faire à côté. Mais quand je rencontrais des boxeurs qui voulaient battre le champion olympique, ca me permettait de garder la tête sur les épaules ! Il y a peu, j'ai décidé de reprendre mes études. C'est important car je sais que j'avais délaissé des choses à cause de ma carrière de sportif professionnel. J'avais des lacunes. Aujourd'hui, je suis à la Sorbonne en DUT Droit et Economie du sport. La boxe est un vrai ascenseur social qui permet de s'épanouir et je veux aussi contribuer à la faire évoluer."
Claude Fauquet :"On sait que tous ceux qui ont un emploi aujourd'hui vont en changer souvent. On ne parle pas pour autant de reconversion et je n'aime pas ce mot qui est utilisé uniquement pour les athlètes. Désormais, plus on est au haut niveau, plus les athlètes deviennent maitres de leurs projets et responsables. On va de plus en plus avoir à gérer des micro-structures quand on parlera de sportifs professionnels."

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