Le Rendez-vous 14 : Sport et élection présidentielle

Valérie Fourneyron (PS) et Éric Berdoati (UMP)

Sport et élection présidentielle

Vendredi 16 mars 2012 à 8h30

A quelques semaines de l'élection présidentielle, Valérie Fourneyron, Députée-Maire de Rouen, Vice-Présidente du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale en charge des sports et responsable de cette thématique dans l'équipe de campagne de François Hollande, et Éric Berdoati, Député-Maire de Saint-Cloud et chargé des questions "sport" au sein de l'UMP, sont venus débattre au cinéma Mac-Mahon de la place du sport dans notre société, plus particulièrement entre 2012 et 2017.

Compte-rendu

La salle était pleine en ce vendredi matin pour recevoir ces deux passionnés de sport. Sur fond d’entente cordiale entre les deux intervenants, c’est le Député-Maire Eric Berdoati qui a lancé le premier pavé dans la mare en établissant un bilan quinquennal de M. Sarkozy : "Il y a un reproche que l’on nous a souvent fait : c’est la succession du nombre de ministres des sports durant ces cinq dernières années. Au-delà des personnes, il y a quand même un certain nombre de choses qui ont été réalisées. L’Etat reste très engagé dans le sport : 870 millions d’euros de dépenses en 2011 contre 480 millions en 2000 et 748 millions en 2007".

Après cette rapide présentation de chiffres généraux, M. Berdoati s’est intéressé à la loi n°2012-158 du 1er février 2012 visant à renforcer l’éthique du sport et les droits des sportifs. Il a dressé alors une série d’éléments concernés par cette loi tels que :

  • La rémunération des agents sportifs
  • Les délits de corruptions sportives
  • La régulation des paris sportifs
  • La précision des conflits d’intérêts entre dirigeants et actionnaires

Il en vient à faire le lien avec les priorités sportives de l’UMP dans cette campagne présidentielle. Il a dégagé 5 points fondamentaux :

  • L’accès au sport partout et pour tous
  • La lutte contre le dopage et la corruption
  • Un renforcement du rôle de la France sur le plan international
  • La recherche de l’excellence sportive
  • L’engagement bénévole

La présentation de ces enjeux a servi de conclusion à une première prise de parole de la part du Député-Maire de Saint-Cloud, qui a laissé sa place à Valérie Fourneyron pour la poursuite de l’échange.

Dès ses premières paroles, la Maire de Rouen taquine gentiment M. Berdoati et "salue son rôle pas facile dans un gouvernement où le sport n’est pas la priorité et où les ministres concernés font partie intégrante d’un réel mercato politique".
Rapidement, elle met l’accent sur la ligne de mire choisie par François Hollande concernant la place du sport dans la société : "Nous pensons que le sport peut avoir une autre place que celle qui lui est attribuée lors des Présidentielles. Il est un outil de rassemblement avec plusieurs leviers. Il est un vecteur d’épanouissement personnel pour la jeunesse".

Sa pensée s’articule alors autour de trois rapports entre le sport et notre société :

  • Le sport et la santé : une politique pour mieux manger mais surtout pour mieux bouger. Elle indique sa volonté de vouloir soigner des pathologies grâce au sport, comme le diabète. Les médecins devraient "prescrire du sport comme médicament".
  • Le sport et la scolarité : "On a perdu 3 000 enseignants d’EPS depuis 2007. Il faut redonner de l’importance à cette profession."
  • Le sport et l’économie : "Pourquoi le sport ne prend-il pas plus de place ? Elle est essentielle. Il y a un tas de PME et TPE spécialisées dans le sport qu’il faut accompagner."

Pour conclure son intervention, elle a confié à l’audience qu’elle était persuadée que le sport pouvait contribuer à une confiance nationale en constituant un élément de société fort dans les moments de doutes.

Questions/Réponses

Pour commencer le débat articulé autour de questions, c’est Denis Masseglia, Président du CNOSF, qui a pris la parole pour rebondir aux propos des deux intervenants : "Ce qui fait la continuité de l’action, c’est d’abord le mouvement sportif qui est le premier mouvement associatif français. Il est animé par 175 000 associations et 2 à 3 millions de bénévoles qui attendent que le sport soit reconnu à sa juste valeur dans la société. Au-delà de l’aspect financier, on pourrait améliorer beaucoup de choses en clarifiant les rôles de chacun (en terme de stratégie internationale). Si on veut vraiment s’appuyer sur le sport, il y a deux domaines essentiels : la santé et l’éducation. Le "P" de EPS doit également prendre en compte la dimension de "plaisir". Il y a un gros paradoxe : à chaque rentrée scolaire, le mouvement sportif doit faire sa propre promotion alors qu’il est le plus connu et apprécié."

Madame Fourneyron, vous êtes présentie pour le poste de Ministre des Sports si François Hollande est élu Président de la République. Qu'en est-il ?
"Avant tout, il y a deux tours de présidentielles. Pour moi, ce qui est important c’est qu’il y ait un ministre des sports qui soit avec une organisation permettant un positionnement le plus transversal possible. Dans un grand pôle éducatif, le sport est un vecteur de cohésion sociale."

Vous avez largement evoquée l’éducation, la santé... En revanche, je suis surpris de ne pas avoir entendu le sport et l’économie en tant que relais de croissance. Quelles mesures fiscales comptez-vous proposer ?
Valérie Fourneyron :
"Je pense avoir parler de l’économie en rappelant son importance dans le sport à travers le soutien aux PME et en tant qu’enjeux fort dans les pôles de compétition, de recherche et de poids à l’international. On le remarque lors des grands évènements aujourd’hui. Dans les 34 millions d’euros de dépense, il n’y a que 50% utilisés pour le public. C’est une réalité quotidienne. Le sport est un acteur économique avec l’ensemble de sa filière et acteurs (du marketing jusqu’au BTP)."
Eric Berdoati : "Je ne pense pas qu’il faille une fiscalité spécifique au monde du sport, sinon on retombe dans les travers qui ont fait nos échecs. Je parle ici de l’économie du sport en tant que tel. Par contre, pour les entreprises qui sont spécialisées dans ce domaine, là il y a des choses à mettre en place."

Quelles sont vos propositions pour défendre et développer la pratique du sport chez les filles ?
Valérie Fourneyron :
"Il est clair qu’aujourd’hui, il y a une médiatisation insuffisante sauf par exemple quand il y a la Coupe du Monde de football en Afrique du Sud chez les hommes et que les femmes enchaînent bien derrière. C’est un vrai sujet de développement médiatique tant les performances féminines deviennent intéressantes. On peut espérer que la compétition sportive qui s’est ouverte au CSA pour une chaîne gratuite sur la TNT prévoira une bonne place pour les filles. Ensuite, il y a un vrai retard dans les quartiers. Il faut travailler sur la génération des jeunes filles mais également sur la génération au-dessus. Plus on permet aux mères de familles de pratiquer le sport, plus leurs filles feront pareil. De plus, il y a une vraie problématique concernant la place des femmes dans les instances dirigeantes des fédérations. Il y a une richesse dans les associations sportives qui ne trouve pas sa traduction dans les fédérations."
Eric Berdoati : "Je suis tout à fait d’accord avec ce que dit Valérie... J’ajoute que nous sommes en 2012, dans un pays moderne. Je ne comprends toujours pas que dans une République, on puisse avoir des créneaux pour les femmes dans une piscine. Ce n’est pas possible. Si on accepte les comportements déviants, on ne s’en sortira pas."

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