Le Rendez-vous 13 : Poker, Sport et Télévision

Nicolas Rotkoff, Pokerstars, et Nicolas Rotkoff, Ma Chaîne Sport

Poker, Sport et Télévision

Vendredi 20 janvier 2012 à 8h30

Le poker connait un engoument sans précédent depuis quelques années auprès d'un large public. La régulation des jeux en ligne, la diffusion télévisée de tournois et la starification des joueurs ont contribué à ce "boom du poker" et à transformer ce jeu de stratégie et de psychologie en spectacle. En est-il un sport pour autant ? C'est ce dont sont venus débattre Alexis Laipsker, Directeur de la Communication de PokerStars, leader mondial du poker en ligne, et Nicolas Rotkoff, PDG de la chaîne multisports Ma Chaîne Sport (MCS), le vendredi 20 janvier au siège d'Havas Sports & Entertainment pour ce Rendez-vous du Sport consacré au Poker.
Se sont joints à eux, Julien Brecard, joueur professionnel et Thomas Luisin, agent de joueurs et ancien rédacteur en chef de Poker Magazine.

Compte-rendu

Le débat était intense autour d’une question simple : le poker est-il un sport ?

Pour l’agent de joueurs, Thomas Luisin, il ne fait aucun doute que le poker est un sport à part entière. L’ancien rédacteur en chef de Poker Magazine a détaillé l’évolution du poker et de sa notoriété. Dix ans auparavant, il était encore considéré comme une activité sombre et opaque, réservée à un public bien spécifique. L’image des arrières salles et des cercles de jeu trônaient dans les esprits lorsque l’on évoquait le poker. Le grand public éprouvait une méfiance envers cet univers de jeu et d’argent.

Uniquement pratiqué entre joueurs avertis, le poker s’est démocratisé grâce aux parcours incroyables d’anonymes et de célébrités. En 2003, un comptable américain, Chris Moneymaker, remporte le championnat du monde de poker (World Series of Poker) après s’être qualifié sur internet pour quelques dollars. L’effet Moneymaker est sans précédent à travers le monde. Désormais, tout le monde peut battre un professionnel.
En France, c’est à la victoire de Patrick Bruel au championnat du monde de 1998 que le poker doit sa démocratisation. La passion du chanteur le pousse à faire découvrir le poker au plus grand nombre, et l’on observe un développement des tournois et des circuits.

Il est indiscutable qu’avec l’arrivée d’internet, le poker s’est installé à grande vitesse dans les foyers. Le poker en ligne est la clé de l’engouement naissant du grand public. Selon Thomas Luisin, le poker ne reviendra plus en arrière. « Au tournoi de Las Vegas, ce sont plus de 3 000 joueurs qui vont dépenser 10 000$ chacun », précise-t-il. La professionnalisation du poker et l’arrivée de nouveaux métiers, comme celui d’agents ou de préparateurs physiques, démontrent l’ampleur actuelle du phénomène.

Alexis Laipsker, directeur de la communication chez Pokerstars, est venu exposer sa vision du poker et la politique de la marque. Leur premier axe de communication consiste à faire rêver :

  • Mettre en avant les gains (3,5 millions d’euros redistribués tous les mois)
  • Faire voyager (les tournois se passent souvent dans des lieux paradisiaques comme les Caraïbes)

Leader mondial de poker en ligne, Pokerstars ce sont plus de 45 millions de joueurs répartis dans plus de 100 pays, 300 000 joueurs simultanés et 1 tournoi qui démarre chaque seconde.

La problématique reste cependant la réputation du jeu. Il s’agit donc d’acquérir la confiance du client. Ce qui nous conduit au deuxième axe de communication, faire du poker un sport :

  • L’esprit de compétition : Pokerstars axe essentiellement sa communication autour des tournois.
  • Le respect des règles
  • La concentration
  • La préparation physique
  • L’effort : il faut une somme importante de travail pour devenir un champion. Certes on peut gagner un tournoi. Mais vivre du poker nécessite de l’entrainement.

Le choix de sportifs comme Gaël Monfils et Sébastien Chabal pour représenter la marque n’est pas anodin. Il entre parfaitement dans la volonté de Pokerstars de rapprocher la pratique des valeurs du sport.

Julien Brecard, joueur professionnel, a également éclairé les débats de son point de vue. Ancien footballeur, il s’est reconverti dans le poker après avoir suivi des études de management du sport. Ses débuts l’ont conduit vers des expériences comme Las Vegas qu’il qualifie d’expérience exceptionnelle. « Le poker me demandait d’aller chercher toutes les valeurs sportives que j’avais acquises », explique-t-il. Il s’est vite aperçu en se professionnalisant que la discipline exigeait une hygiène de vie et des conditions physiques comparables à celles de n’importe quel sport.

Sa préparation consiste à se documenter d’une part. Il regarde des vidéos de mains et de tournois, lit des ouvrages techniques et suit l’information sur internet. Vient ensuite l’aspect sportif. Il pratique la sophrologie pour optimiser au maximum les plages de récupération. "Le temps et les horaires de sommeil sont si mauvaises sur les tournois. On reste assis 10 à 14 heures par jour, et cela sur plusieurs journées consécutives. La sophrologie m’aide à canaliser l’adrénaline au moment de dormir", explique-t-il.

Poker et télévision

"Si le poker est à la frontière du sport, ce qui est évident c’est qu’il a sa place sur une chaine sportive". Nicolas Rotkoff, PDG de la chaine multisports Ma Chaine Sport (MCS), apporte son expertise d’un point de vue médiatique. Ancien responsable de la chaine Paris Première, il avait déjà eu l’idée de diffuser du poker à la télévision à la fin des années 80. Seulement personne n’a vraiment pris au sérieux cette initiative. Désormais c’est chose faite, le poker a trouvé sa place au sein des programmes télévisuels.

Ma chaine sport :

  • Lancement en 2007
  • 5 chaines distinctes (dont 3 diffusent du poker)
  • 100 000 téléspectateurs par semaine

Pour un média sportif comme MCS, l’objectif est de proposer à ses téléspectateurs les meilleurs sports et événements internationaux. MCS diffuse le North American Poker Tour, le Big Game et le France Poker Tour. Le poker est programmé le dimanche à 23h, et les rediffusions ont lieu les mercredi et samedi soirs. Il est pour le moment encore impossible de prévoir des diffusions en prime time sur les grandes chaines, mais le poker tend à évoluer en matière de programmation. MCS propose également du contenu « découverte » via des reportages. Les sportifs sont devenus des stars, le téléspectateur aime pouvoir reconnaître les champions.

"Le sport c’est du spectacle aujourd’hui, à l’image du football ou de la NBA. Le poker entre dans cette stratégie, on s’applique à le produire d’une belle manière et à ajouter de la valeur par de bons commentaires pour les téléspectateurs. Le rêve ce serait un tournoi en direct avec des interactions des téléspectateurs", conclut-il.

Questions/Réponses

Considérez-vous votre métier d’agent comme celui d’un agent sportif à part entière ?
« C’est pratiquement la même chose. Sauf que les sportifs comme les footballeurs sont salariés d’un club. Les joueurs de poker, eux, sont autonomes et indépendants. L’objectif reste que mes joueurs soient dans les meilleures conditions pour aborder les tournois. Je leur trouve des coaches et je les décharge de toutes les problématiques extérieures » (Thomas Luisin)

Est-ce que diffuser un tournoi de poker en direct à la télévision est réalisable ?
« Tout est envisageable, même si c’est assez difficile pour un direct pur. Un tournoi on sait quand cela commence mais rarement quand cela va se terminer. La télévision n’est pas préparée à ça, les formats ne s’y prêtent pas » (Nicolas Rotkoff)

On distingue 3 formats d’émission de poker : la téléréalité (la Maison du bluff), les tournois internationaux et le poker amateur. Quel est le format qui fonctionne le mieux aujourd’hui ? Et quel est l’avenir du poker à la télévision ?
« La Maison du bluff a fait un carton. 10 millions de téléspectateurs pour une émission de poker c’est incroyable. Les retransmissions de tournoi comme l’European Tour ce sont des formats plus pointus, on ne touche pas du tout le même public. Mais cela fonctionne très correctement. Beaucoup de concepts sont au stade de la réflexion pour l’avenir du poker. Mais le vrai problème c’est le format de la télévision. En 52 minutes, on ne peut pas diffuser un tournoi » (Alexis Laipsker)

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